Les troubles du sommeil chez le nourrisson. Interview d’Olivier Darmont, ostéopathe à Paris 8.

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Nous avons interviewé Olivier Darmont. Ostéopathe spécialisé en périnatalité à Paris 8 sur les troubles du sommeil des nourrissons.

Durant les premiers mois, il est fréquent que le bébé se réveille dans la nuit.

 

Pourquoi son rythme de sommeil est-il si différent du nôtre ?

En fonction de son accouchement et de la façon dont la grossesse s’est déroulée, le nourrisson va avoir un sommeil différent.

En effet, il doit tout apprendre : apprendre à respirer, apprendre à digérer, apprendre à se mouvoir.

C’est pourquoi le bébé a un rythme de 17 à 20 heures de sommeil par jour le premier mois, avec des phases de 50 minutes de sommeil.

Dans la mesure ou ces phases varient en fonction de chaque bébé: il est possible qu’un bébé ait 4 phases de 3 à 4 heures.

Pendant son premier mois, beaucoup de facteurs vont l’aider à réguler son sommeil. La norme est qu’à partir de 3 mois, le rythme circadien du bébé va se mettre en place. Ce sont les 24h, la distinction du jour et de la nuit.

L’oreille interne et la maturation neurologique vont permettre ce bon développement. Là, le bébé va passer à 12 heures de sommeil, jusqu’à 6 mois. En d’autres termes, on dira qu’il commence à « faire ses nuits ».

Evidemment, ça dépend du bébé, des conditions de l’accouchement et de son environnement.

Il se réveille dans le premier mois pour ses besoins primaires.

Les durées de 50 min sont marquées par un temps, il se réveille pour se nourrir, c’est vraiment ça qui fait le métronome durant le premier mois.

D’ailleurs à 7 mois, il va grandir un peu tout seul, il aura un rythme qui sera très proche de celui de l’adulte.

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Est-ce que l’environnement de la chambre du bébé a une influence sur son rythme de sommeil ?

Oui, il y a deux facteurs qui peuvent influencer sur le sommeil du nourrisson.

Avant tout, le premier facteur c’est la maturation neurologique, tandis que le deuxième c’est son environnement (encombrement du lit, qualité de l’air, luminosité…).

Pourquoi son environnement ?

Parce que le bébé a naturellement une angoisse de séparation qui se met en place à partir de 7 mois.

C’est pourquoi il faut le laisser dormir tout seul. L’essentiel est de l’accompagnant au début par des petites caresses, une présence, pour le réconforter et le rassurer.

Mais c’est important de le laisser aussi autonome et trouver son rythme.

Pendant les premiers mois, le facteur environnemental est primordial. C’est une histoire de maturité, neurologique comme environnementale.

En effet, c’est l’adaptation du nourrisson par rapport à son rythme interne et l’environnement externe qui l’entoure, l’interaction qui joue sur lui.

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Est ce qu’il y a des éléments fortement perturbateurs du sommeil pour le bébé ?

Honnêtement il n’y a pas de chose particulière à pointer du doigt. J’ai plutôt tendance à dire ce qu’il faut faire plutôt que ce qu’il ne faut pas faire. Je suis pour le maximum de mobilité.

Je sais qu’il y a pleins de choses qui se font sur les lits, sur les cocons de baby, où le bébé ne peut pas bouger la tête… Mais pour qu’un bébé puisse se développer correctement, c’est bien qu’il ait un espace de liberté pour appréhender le monde qui l’entoure. Et ainsi avoir conscience de son corps plus rapidement.

Il y a une relative immaturité du corps au niveau de la digestion, du sommeil, de la respiration, et tout ça sera beaucoup plus facile s’il est plus autonome.

A partir de la fin du 2ème mois à peu près, il y a cette période entre 18 et 20h, où le nourrisson se décharge du vécu de la journée par des pleurs et des cris.

C’est la fatigue, le bébé commence à prendre un rythme plus circadien, et du coup il a besoin d’évacuer, comme nous, nous irions faire un jogging ou autre.

Au fond, c’est assez typique et ça inquiète les parents. Ce n’est pas quelque chose de particulièrement néfaste, au contraire ça fait partie de son développement.

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Une mauvaise expérience de naissance a-t-elle un impact sur son rythme de sommeil ?

Enfant prématuré, césarienne …

« L’accouchement est ce qui va conditionner le bon développement du nourrisson »

En effet, l’accouchement est le moment clé pour le sommeil du nourrisson. C’est vraiment ce qui va conditionner son bon développement dans ses premiers jours de vie.

Un bébé qui part sur un accouchement extrêmement long, très fatigant, par voie basse avec outils, ne sera pas dans les mêmes conditions qu’un bébé avec qui ça s’est très bien passé.

L’énergie que le bébé a dépensé, la fatigue accumulée jouent un rôle différent d’un bébé à l’autre.

 

Ces outils émettent des pressions crâniennes et des tensions globales sur le bébé.

On aura alors un bébé pour qui le sommeil est très perturbé, dans le sens où ce seront des pleurs qui le réveilleront, où il aura des tensions… c’est très fatigant pour lui évidemment.

Notre rôle à nous est d’essayer de l’équilibrer et de gommer ces déformations liées à l’accouchement.

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Quand doit-on venir consulter un ostéopathe, et quel rôle va-t-il jouer dans le développement du bébé ?

C’est un check up systématique post accouchement.

Si pendant la grossesse le bébé n’a pas beaucoup bougé, qu’il n’a pas pris l’espace qu’il devait prendre, il faut voir s’il n’y a pas de conséquence sur sa mobilité.

On va vérifier sa respiration, sa mobilité au niveau cervical, au niveau des membres supérieurs ou inférieurs. Ainsi que ses hanches, son bassin, sa qualité tissulaire au niveau abdominal et thoracique.

On essaie de voir si c’est un bébé qui est en tension, si c’est un bébé qui souffre.

Notre rôle à nous, c’est de faire le détective.

On travaille avec nos mains, et l’idée est de faire un point sur ce qui bouge, ce qui ne bouge pas, ce qui a été gêné ou non.

On va essayer de lui donner le coup de pouce.

S’il ne tourne pas la tête à droite on essaie de l’accompagner petit à petit. S’il ne respire que du thorax, on essaie de travailler un petit peu le diaphragme pour qu’il respire aussi de l’abdomen, etc.

C’est là où en ostéopathie on bosse beaucoup, pour gommer les petits défauts d’un accouchement traumatique.

En fonction de chaque bébé le suivi sera différent.

J’ai des bébés que je vois qu’une fois, et que je vois un ou deux ans après. C’est le cas quand la séance s’est très bien passée et que l’accouchement n’était pas si traumatique pour lui.

Si c’est un bébé, très éveillé, conscient de son environnement et de son corps, on sent que notre impact sera moindre.

Par contre si c’est un bébé qui régurgite ou qui ne dort pas, comme celui que j’ai eu hier, on joue un rôle.

Exemple: cas d’un bébé.

Le cas d’hier c’était un bébé qui pleurait sans cesse.

A un mois et une semaine de vie, ce bébé régurgitait et se faisait réveiller par des remontées acides.

La maman avait changé tous les laits. En revanche, elle avait oublié de mentionner qu’il était né avec son double cordon autour du cou.

Et en fait, ça a été pour lui un traumatisme.

Quand je l’ai examiné, sa tête ne restait que d’un côté, c’était sa position de confort, un peu en vrac.

Du coup si vous essayez de manger toute la journée comme ça, c’est beaucoup plus difficile.

Il était resté dans la même position pendant 9 mois dans le ventre de sa maman.

Du coup, il y a beaucoup de contraintes qui se sont mises en place.

Seulement comme ce n’était pas important le jour J, la mère a un peu oublié et elle s’est concentrée sur le lait, parce qu’il vomissait.

Mais il y avait un vrai travail à faire d’aisance tissulaire autour du cou, autour de l’estomac et autour de l’œsophage chez lui.

On l’a accompagné à se diriger de l’autre côté, ça s’est très bien passé.

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« On ne triche pas avec un bébé. Si ça ne va pas, il vous le dit »

En ostéo on travaille en douceur. C’est différent de chez l’adulte, et c’est ressenti par le bébé comme quelque chose de très positif, parce que très accompagnant.

On ne triche pas avec un bébé. Si ça ne va pas, il vous le dit. L’adulte, lui ne dira rien.

Si on n’a pas le bon contact avec le bébé, ce sera tout de suite une barrière.

Moi je fais un travail autour de la naissance.

Ce qui est important, c’est de pouvoir voir la maman à chaque trimestre de grossesse, pour qu’on ne puisse rien laisser au hasard. Puis, c’est bien qu’elle vienne avec son enfant pour qu’on les ait en même temps tous les deux.

On me dit tout le temps « pourquoi tu travailles avec les bébés et pourquoi pas au PSG avec les footballers ? », c’est parce qu’on touche à des choses différentes. Là, j’aurai peut-être un impact un peu plus important sur leur vie.

20/06/2016

Sources :
(1) Les fluctuations des rythmes biologiques, des comportements et de l’activité intellectuelle de l’enfant dans ses différents environnements. Pédiatrie., Montagner H., Restoin A., de Roquefeuil G., Djakovic H.
(2) Changes in Children’s Sleep Duration on Food Intake, Weight, and Leptin, Chantelle N. Hart, Mary A. Carskadon, Robert V. Considine, Joseph L. Fava, Jessica Lawton, Hollie A. Raynor, Elissa Jelalian, Judith Owens, Rena Wing, 2013
Mis à jour le 08/08/17

 

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